notre voyage à la découverte du Pérou, de la Bolivie, du Chili et de l'Argentine...

Buenos Aires 3 (mardi 8 novembre). Epilogue…

Tout a une fin. Pour moi, le moment de reprendre l’avion pour Roissy est arrivé pendant qu’Olivier s’est envolé pour Iguazu…

Nous avons consacré les dernières heures passées ensemble à Buenos Aires à visiter un dernier quartier de la capitale, Retiro. Nous avions choisi de nous y rendre en métro. Un vrai défi la première fois pour un touriste, dès lors que les cartes magnétiques rechargeables nécessaires sont très difficiles à trouver : les guichets dans les stations n’en ont pas et les lieux de vente en surface susceptibles d’en avoir (kioskos, petites boutiques où l’on vent de tout et surtout des sucreries) profitent de la pénurie et ne les cèdent qu’à un prix exorbitant : 800 pesos dans notre cas alors que le prix officiel est de 127 pesos !  Un site a été mis en place pour dénoncer ces pratiques frauduleuses, mais tant que la pénurie durera, ces pratiques dureront…

Le quartier jouxte la zone portuaire au nord-est et a été la porte d’entrée pour de nombreux immigrants. Il comprend une zone de bureaux et d’affaires connue sous le nom de City, le centre financier de Buenos Aires, et une autre avec un profil nettement résidentiel avec des bâtiments de grande classe qui sont souvent considérés comme faisant partie de l'informel Barrio Norte. Il est connu aussi comme étant un nœud de transports important, avec des lignes ferroviaires, des lignes de métro et de bus à courte et longue distance. Mais, il ne faut pas toujours se fier aux apparences et l’imposante gare ferroviaire du Retiro-Mitre, l’une des sept grandes gares centrales de la capitale, inaugurée en 1915 et qui ne déparerait pas à Paris, semble totalement à l’abandon et inaccessible. Il paraît que l’intérieur, avec plus de 20 000 m² de plafond, était recouvert de majolique. Cela illustre le délitement du système ferroviaire argentin.



En face, au milieu d’une pelouse se dresse une tour de 60 mètres qui compte huit étages. Elle avait été offerte par la communauté britannique pour le centenaire de l’Argentine en 1910 et baptisée Tour des Anglais. Elle porte encore la devise de la Royauté britannique « Dieu et mon Droit », mais, après avoir été menacée de destruction après la guerre des Malouines (SIC), elle a été débaptisée et s’appelle maintenant « Tour monumentale ». De la même manière, la place autrefois appelée Plaza Britanica a été renommée Place des forces aériennes argentines…



Non loin de là, un monument gardé par deux militaires est dédié aux soldats argentins morts pendant cette même guerre. C’est le second monument conséquent que nous voyons sur cette guerre avec celui érigé devant le ministère de… « l’Intérieur ». Tout ceci ne rend que plus odieux et indécent l’absence d’un vrai lieu de mémoire pour les quelque 30.000 victimes de la dictature militaire…


Nos pérégrinations nous ont fait passer ensuite devant l’immeuble Kavanagh. Inauguré en 1936, il était à l’époque, avec ses 120 mètres, le plus haut bâtiment en béton armé d’Amérique du Sud et le premier immeuble résidentiel de Buenos Aires à disposer d'un équipement de climatisation centralisé fourni par la firme américaine Carrier et avec un système de chauffage central par chaudières. Il a une forme similaire à la proue d'un navire, et en raison de l'orientation du bâtiment, il semble pointer vers le Río de la Plata.


Les magasins Harrods ont été des victimes collatérales de la guerre entre l’Argentine et le Royaume-Uni et des déboires juridiques de Mohamed Al Fayed. C'était la première et la seule succursale du célèbre magasin anglais en dehors de son pays d'origine. Elle avait ouvert ses portes en 1914. C'était devenu un symbole de Buenos Aires. C’est aujourd’hui une vaste friche commerciale au cœur de la ville…


Nous avons terminé dans les Galerias Pacifico, grand magasin construit à la fin du 19ème siècle sur le modèle des grands magasins parisiens (avec une coupole décorée de fresques néoréalistes) et offrant au sous-sol diverses possibilités de déjeuner rapidement. 



Nous avons retrouvé notre appartement à 13h30, le temps de récupérer nos valises et d’attendre le taxi commandé hier à notre demande par notre propriétaire. Vingt-cinq minutes de retard ! Difficile de rester zen quand on doit se rendre dans un aéroport… Heureusement, la circulation a été fluide jusqu’à l’aeropuerto internacional Ezeiza, d’où Olivier et moi partions pour deux destinations différentes, moi six heures après Olivier… Après son départ, j’ai tué le temps comme j’ai pu en attendant de pouvoir enregistrer ma valise et bénéficier enfin du salon VIP auquel mon surclassement (payant) me donnait accès.

Buenos Aires 2 (lundi 7 novembre)

Relancé ce matin, le service des objets perdus dans les taxis a accusé réception de la demande d’Olivier. C’est déjà ça, mais l’espoir de récupérer le sac à dos reste limité.

Après avoir traîné un peu ce matin, nous avons commencé par poursuivre notre découverte du centre ville et notamment de l’axe Florida, artère commerçante aux nombreux batiments anciens cachés derrière les enseignes commerciales. L’ascension d’un point d’observation nous a permis de réaliser à quel point les nombreux et beaux restes d’architecture européenne du début du siècle (coupoles, tourelles…) sont aujourd’hui noyés dans une architecture plutôt quelconque…










Le célèbre immeuble dont la facade évoque Eva Peron parlant à la foule…

Nous avons déjeuné simplement de quelques empanadas bien cuisinés, ce qui n’est pas évident (nos expériences chiliennes ne nous avaient pas convaincus). La pâte ne doit pas être bourrative, mais fine et bien cuite, ni trop ni pas assez, et bien sûr la garniture à l’intérieur - viande, poulet, légumes ou autres - doit avoir la cuisson et la saveur souhaitée, plus ou moins épicée. C’est tout un art et dans le cas présent, il était réussi… Nous avons entrepris ensuite d’explorer deux quartiers de Buenos Aires, la Boca et San Telmo.

Le premier est situé à l'extrémité sud-est de la ville. Son nom est dû au fait qu'il est situé à l'embouchure du Riachuelo, une rivière connue sous le nom de Matanza sur la majeure partie de son cours et qui en change peu avant de se jeter dans le Río de la Plata. Le quartier est surtout connu pour accueillir le club des Boca Juniors, avec son célèbre stade de football, La Bombonera. C’est un quartier très populaire qui se revendique comme tel. « La Boca es pueblo ». C’est aussi un des rares quartiers où nous avons observé des peintures murales évoquant la quête inlassable des mères de disparus pendant la dictature.




Même s’il est recommandé de ne pas y traîner la nuit, il est dans la journée un des lieux les plus animés, les plus touristiques, les plus bariolés et les plus festifs de Buenos Aires. Il le doit en partie à un artiste, Benito Quinquela Martin (1890-1977) qui, dans un premier temps, s’est rendu célèbre en mettant en valeur dans ses œuvres les activités du port et la rudesse de la vie quotidienne des habitants, dans un style néo-impressionniste. Abandonné par sa mère le 20 mars 1890 dans la Casa de los Expósitos (la Maison des enfants trouvés), un orphelinat de Buenos Aires, il avait été adopté à l'âge de sept ans par la famille Chinchella, propriétaire d'un magasin de charbon de bois. Enfant, il avait dû travailler au chargement et au déchargement de sacs de charbon de bois dans le port. Autodidacte, il devint peintre, l'un des plus appréciés du pays. Ses œuvres ont été exposées dans le pays et à l'étranger, et une grande partie de l'argent collecté a été reversée pour des œuvres dans le quartier de La Boca. 

Il a utilisé sa notoriété dans les années 1950, pour s’associer à un groupe d’habitants désireux de réhabiliter une ancienne ruelle de 150 mètres, avec un tronçon sinueux, connu sous le nom de "Caminito", et d’en faire une rue musée, avec des œuvres d'art données par ses propres auteurs. Il a également conseillé à ses voisins d'utiliser des couleurs plus vives et variées que celles utilisées à l'origine par les premiers immigrants. L’initiative a fait tache d’huile et donne le résultat que l’on peut voir aujourd’hui : un feu d’artifices de couleurs qui nait dans la zone du port par où sont arrivés les premiers immigrants, et qui se diffuse principalement dans trois rues très fréquentées où se succèdent bars, restaurants et boutiques de souvenirs.

Le point de départ du Caminito









Le fonds de commerce du quartier tourne essentiellement autour de six thèmes : Maradona et le football, Mafalda - l’héroïne argentine de la bande dessinée de Quino (1932-2020), publiée dans les années 1960/1970 -, le tango, le pape François, Eva Péron et, par reconnaissance tout de même, Benito Quinquela.

Nous avons pris plaisir à nous mêler à la foule dans ces rues pittoresques, à dénicher des vues particulièrement photogéniques, où apparaissent notamment à des fenêtres des personnages en carton-pâte et en papier mâché qui font florès, à assister à des prestations de virtuoses du tango, à nous laisser porter par nos pas et à déguster au final autour d’un café un des fameux « alfadores argentinos », une délicieuse friandise locale (au départ, deux galettes de fécule de maïs fourrées de dulche de leche, mais la garniture s’est diversifiée), qui mérite bien les honneurs mêmes tardifs du blog !

Eva Peron au centre et Maradona à droite






Eva Peron encore et encore…
Le peintre Benito Quinquela

Un couple de danseurs boliviens en visite dans le quartier

La boutique où nous avons craqué pour notre premier Alfajor


Pas à pas, nous avons rejoint plus au nord le quartier de San Telmo. Avec seulement 1,2 km², c’est le plus petit quartier de la ville de Buenos Aires. À l’origine, la zone était peuplée de travailleurs portuaires et se situait en dehors de la très petite zone urbaine, limitée aux environs de la plaza de Mayo. Les Jésuites s’y implantèrent avant leur expulsion d’Amérique par le Royaume d'Espagne en 1767. C’est dans ce quartier que les habitants de Buenos Aires ont prêté serment en faveur de l’independance de l'Argentine vis-à-vis de l'Espagne, qui sera signé à Tucumán en 1816. San Telmo devint un lieu de prédilection pour les familles patriciennes traditionnelles de Buenos Aires jusqu'à ce que l‘épidémie de fièvre jaune de 1871 les pousse à se déplacer vers le nord. Ainsi, ils ont commencé à louer leurs anciennes maisons à des immigrants européens qui, à peu près à la même époque, ont commencé à arriver en grand nombre et à s’installer dans des conventillos, anciennes maisons coloniales, où se sont entassées au fil des ans des familles pauvres pour le plus grand profit des propriétaires résidant dans le Barrio Norte.

Les décennies suivantes ont été une période de décadence. Il a même été envisagé en 1957, sur proposition sans doute pas désintéressée de l'architecte Antonio Bonet, de procéder à des démolitions massives pour créer un immense quartier de style moderne, avec des monoblocs résidentiels et de grands espaces ouverts. Heureusement, le projet n'a pas prospéré, mais le quartier a continué à végéter. À force d’initiatives des élus et des habitants, San Telmo, un des quartiers les mieux préservés de Buenos Aires, avec ses placettes arborées, ses rues souvent encore pavées et ses demeures coloniales, séduit par son caractère bohème et redevient attractif.

Chemin faisant, nous sommes tombés sur une vieille église (San Pedro Telmo dont la construction a commencé en 1734 et qui évoque la terrible épidémie de peste jaune de 1871), sur la charmante plaza Dorrego dont l’origine remonte à 1586 et où se produisait un couple de danseurs de tango étonnant (un de plus !), sur des rues animées comme la calle Defensa avec ses antiquaires et ses boutiques de design, sur le Mercado de San Telmo, l’un des plus anciens marchés encore debout de la ville (il a été inauguré en 1897), même si la majorité des étals ont évolué vers la restauration « branchée » et les antiquités.


El Hipopotamo, un café historique qui a conservé toute son âme





La maison la plus étroite de Buenos Aires…

De retour vers 18h00 dans notre appartement (distant quand même d’un peu plus de quatre kilomètres de notre point de départ), nous avons mis la pause à profit pour actualiser le blog et mettre en ligne une des toute dernières publications (la perte du sac à dos d’Olivier et de son contenu sera en effet un handicap pour poursuivre le blog dès lors qu’un océan va nous séparer !)

Pour “boucler la boucle” en quelque sorte, nous avons dîné dans un restaurant péruvien dans une rue voisine de Corrientes (beaucoup plus calme un lundi soir qu’un dimanche soir !). Dernier Pisco Sur, dernier ceviche (sans doute le meilleur de ceux qui nous ont été servis au cours de notre périple sud-américain…). Une occasion aussi de revoir de nuit quelques lieux emblématiques de la capitale : la plaza de Mayo et les différents édifices qui la bordent, l’avenida de Mayo, l’avenida 9 de Julio (l’une des principales artères de Buenos Aires, ainsi nommée en l'honneur de la déclaration d’indépendance de l’Argentine, le 9 juillet 1816, longue de trois kilomètres et peut-être la plus large du monde puisqu’elle fait 140 m en largeur !), l’obélisque (à l’intersection de 9 de Julio et de Corrientes), qui rappelle le lieu où le drapeau argentin a été hissé pour la première fois en 1812 à Buenos Aires.









Peut-être cette publication aura-elle un épilogue. Mais d’ores et déjà, un grand merci à tous ceux et toutes celles qui ont eu la patience de nous accompagner jusqu’au terme de ce périple sud-américain, qui n’a pas toujours été facile pour nous sur le plan physique, mais nous a ouverts à des cultures anciennes et présentes que nous connaissions mal et nous a fait découvrir comme les photos ont tenté de le montrer des sites extraordinaires. Muchas Gracias !