Nous avons eu une journée très muséographique. Deux petits musées voisins de notre logement ont occupé notre matinée. Le premier, le Museo de Arqueológia de la Universidad Católica de Santa María, conserve de belles poteries des différentes cultures pré-colombiennes, des momies de guerriers du désert, venant du site d’Acari (région d’Arequipa), antérieures à la civilisation inca, sans oublier une momie recroquevillée sur elle-même, dont on pourrait croire qu’elle a inspiré Hergé tant celle de Rascar Capac lui ressemble…



Le second est celui de la casa Goyenense que nous n’aurions sans doute pas découvert si le Guide du routard n’en faisait pas mention, car il est très confidentiel : aucune signalétique à l’entrée ! La superbe collection présentée comprend des céramiques précolombiennes, représentatives de toutes les grandes cultures péruviennes, des peintures religieuses – et notamment une étonnante Trinité (représentée par 3 figures identiques) entourant la Vierge - et une collection de pièces de monnaie et de billets de banque inspirés de sites, d’objets ou de personnages historiques péruviens.
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| La vie du Christ est représentée ici dans une série de bulles |
Le plat de résistance de l’après-midi a été la visite du covento Santa Catalina, un couvent de carmélites, réputé être le plus grand du monde et qui constitue une véritable ville dans la ville, avec ses rues, ses placettes, ses habitations, son église, son lavoir, ses cellules privatives et ses cloîtres, le tout entouré d’un haut mur. Vu le coup d’entretien d’un tel ensemble et le petit nombre de carmélites (une quinzaine âgées de 18 à 90 ans), l’espace a été concédé à une société chargée de son entretien et de sa mise en valeur, à l’exception d’un corps de bâtiment réservé aux nonnes. Nous avons bénéficié d’une guide en français pour une présentation commentée des lieux, avant d’avoir toute liberté ensuite pour nous y promener tranquillement.
L’histoire de cet édifice est l’illustration parfaite de l'évangélisation de l'Amérique latine. En 1579, Doña María de Guzmán, veuve espagnole et sans enfants, se renferme dans ce couvent en construction. Après avoir fait don de tous ses biens, elle en est reconnue comme la fondatrice. Un an plus tard, en conformité avec l’ordonnance du pape, elle choisit le nom de la sainte la plus connue de la congrégation : Santa Catalina, une sainte italienne. Durant quatre siècles, les religieuses vécurent coupées du monde. Cadettes issues des grandes familles d’ascendance espagnole, elles devaient verser une dot conséquente au moment de prononcer leurs vœux !il s’agissait bien d’un marriage !). En contrepartie, elles étaient autorisées à vivre dans des cellules comprenant une chambre à coucher, une cuisine particulière, un salon, une salle pour les ablutions et même de quoi loger... une ou plusieurs servantes ! Elles pouvaient organiser des (chastes) réceptions et vivre (presque) comme dans le grand monde... En plus de se consacrer à la prière, les sœurs brodaient, décoraient les murs et les arcades des 3 cloitres, faisaient de la patisserie et de la confiture vendues à l’extérieur. Elles s’occupaient également des élevages de cochons et moutons. Le samedi, elles organisaient un marché avec des commerçants locaux et distribuaient de la soupe aux mendiants. Tout cela au sein même du couvent car elles n’avaient aucune autorisation de sortie.
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| Ingénieux système de lavoir |
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| Décorations des arcades d’un des cloitres réalisées par les carmélites (on y voit une esclave noire) |

La figure la plus marquante du couvent, est la prieure Anne des Anges Monteagudo (1602-1686). À son époque, cohabitaient environ 300 personnes (religieuses, novices, jeunes filles pensionnaires, servantes). Le mode de vie de ces religieuses issues des grandes familles espagnoles conduit à des dérives, sources de conflits. Anne s’attacha à redonner de la ferveur au monastère, en faisant en sorte que toutes les religieuses observent la règle sans admettre d'exceptions. Avec ses exhortations et son exemple, beaucoup de religieuses reviennent à l'observance. Mais il fallut attendre le pape Pie IX pour remettre vraiment les religieuses au pas en supprimant en 1870 les cellules de luxe et en les contraignant à vivre une vie plus communautaire. Un autre pape, Jean-Paul II, beaucoup plus tard, en 1985, les a tout de même autorisées à parler et à sortir. Le système de vie cloîtrée reste le même, mais les sœurs peuvent sortir pour aller chez le médecin et pour voter.
“La visite du vaste complexe débute par les parloirs, aux grilles doubles. Les nonnes avaient droit à 1h de conversation par mois avec leur famille, sous l’œil attentif d’une surveillante... On traverse d’abord le patio du Silence, au fond duquel se dissimule l’élégant cloître des Novices, orné de fresques contant les litanies. Une cellule y est fidèlement reconstituée. Puis un passage discret, à droite du patio, débouche sur le sublime cloître des Orangers, entièrement peint d’un bleu Majorelle. Il s’entoure de cellules comptant chacune sa cuisine à ciel ouvert, son cabinet d’aisances et un salon (plus ou moins grand selon le rang nobiliaire de la nonne). Les servantes logeaient au-dessus, dans des conditions très difficiles. On voit également dans cette partie une salle réservée aux veillées funèbres, ornée des portraits de religieuses importantes. Aux murs, des fresques symbolisent les différentes phases de l’âme en état de péché jusqu’à l’état de grâce final. On y croise un Saint Michel attribué à Zurbarán, d’autres peintures, des vêtements religieux, ainsi que de riches meubles, tissus et porcelaines, témoignant du faste autorisé en ces lieux. Repassant par le cloître des Orangers, on poursuit par la salle des hosties. D’un filtre composé d’un immense mortier en pierre poreuse suinte une eau purifiée pour fabriquer les hosties. Chemin faisant, on aboutit à un insolite quartier d’habitation aux maisons basses ocre-rouge, couvertes de tuiles patinées, qui abritent d’autres cellules, et où les ruelles portent des noms de villes espagnoles. On découvre dans un mur un tourniquet qui permettait aux mères en détresse d’abandonner leur bébé. Suivent les immenses cuisines communes, assombries par des siècles de fumée et, place Zocodober, une fontaine et les « bains-douches » des sœurs, où elles se lavaient 7 fois par an. Au-dessus, une terrasse offre une belle vue panoramique sur le monastère et les volcans alentour. On termine par le réfectoire, ouvrant sur le cloître Majeur, le plus grand de tous, orné de fresques contant la vie du Christ et de la Vierge. Là se dresse l’église avec de tout petits confessionnaux enchâssés dans le mur (la pénitente dans le cloître, le confesseur dans l’église). L’ancien dortoir, lui, a été transformé en pinacothèque où sont exposées de nombreuses toiles du XVIe au XVIIIe s de l’école de Cusco et des objets liturgiques.
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| L’alignement de confessionnaux dans le mur séparant le couvent de l’église |
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| Alors que l’anonymat était de règle, les peintres utilisaient parfois des moyens originaux pour signer leurs toiles (ici le fait de peindre la main du christ avec 6 doigts !) |