notre voyage à la découverte du Pérou, de la Bolivie, du Chili et de l'Argentine...

Arequipa 2 (30 septembre)

Nous avons eu une journée très muséographique. Deux petits musées voisins de notre logement ont occupé notre matinée. Le premier, le Museo de Arqueológia de la Universidad Católica de Santa María, conserve de belles poteries des différentes cultures pré-colombiennes, des momies de guerriers du désert, venant du site d’Acari (région d’Arequipa), antérieures à la civilisation inca, sans oublier une momie recroquevillée sur elle-même, dont on pourrait croire qu’elle a inspiré Hergé tant celle de Rascar Capac lui ressemble…




Le second est celui de la casa Goyenense que nous n’aurions sans doute pas découvert si le Guide du routard n’en faisait pas mention, car il est très confidentiel : aucune signalétique à l’entrée ! La superbe collection présentée comprend des céramiques précolombiennes, représentatives de toutes les grandes cultures péruviennes, des peintures religieuses – et notamment une étonnante Trinité (représentée par 3 figures identiques) entourant la Vierge - et une collection de pièces de monnaie et de billets de banque inspirés de sites, d’objets ou de personnages historiques péruviens.









La vie du Christ est représentée ici dans une série de bulles


Le plat de résistance de l’après-midi a été la visite du covento Santa Catalina, un couvent de carmélites, réputé être le plus grand du monde et qui constitue une véritable ville dans la ville, avec ses rues, ses placettes, ses habitations, son église, son lavoir, ses cellules privatives et ses cloîtres, le tout entouré d’un haut mur. Vu le coup d’entretien d’un tel ensemble et le petit nombre de carmélites (une quinzaine âgées de 18 à 90 ans), l’espace a été concédé à une société chargée de son entretien et de sa mise en valeur, à l’exception d’un corps de bâtiment réservé aux nonnes. Nous avons bénéficié d’une guide en français pour une présentation commentée des lieux, avant d’avoir toute liberté ensuite pour nous y promener tranquillement.











L’histoire de cet édifice est l’illustration parfaite de l'évangélisation de l'Amérique latine. En 1579, Doña María de Guzmán, veuve espagnole et sans enfants, se renferme dans ce couvent en construction. Après avoir fait don de tous ses biens, elle en est reconnue comme la fondatrice. Un an plus tard, en conformité avec l’ordonnance du pape, elle choisit le nom de la sainte la plus connue de la congrégation : Santa Catalina, une sainte italienne. Durant quatre siècles, les religieuses vécurent coupées du monde. Cadettes issues des grandes familles d’ascendance espagnole, elles devaient verser une dot conséquente au moment de prononcer leurs vœux !il s’agissait bien d’un marriage !). En contrepartie, elles étaient autorisées à vivre dans des cellules comprenant une chambre à coucher, une cuisine particulière, un salon, une salle pour les ablutions et même de quoi loger... une ou plusieurs servantes ! Elles pouvaient organiser des (chastes) réceptions et vivre (presque) comme dans le grand monde... En plus de se consacrer à la prière, les sœurs brodaient, décoraient les murs et les arcades des 3 cloitres, faisaient de la patisserie et de la confiture vendues à l’extérieur. Elles s’occupaient également des élevages de cochons et moutons. Le samedi, elles organisaient un marché avec des commerçants locaux et distribuaient de la soupe aux mendiants. Tout cela au sein même du couvent car elles n’avaient aucune autorisation de sortie. 




Ingénieux système de lavoir 

Décorations des arcades d’un des cloitres réalisées par les carmélites (on y voit une esclave noire)


La figure la plus marquante du couvent, est la prieure Anne des Anges Monteagudo (1602-1686). À son époque, cohabitaient environ 300 personnes (religieuses, novices, jeunes filles pensionnaires, servantes). Le mode de vie de ces religieuses issues des grandes familles espagnoles conduit à des dérives, sources de conflits. Anne s’attacha à redonner de la ferveur au monastère, en faisant en sorte que toutes les religieuses observent la règle sans admettre d'exceptions. Avec ses exhortations et son exemple, beaucoup de religieuses reviennent à l'observance. Mais il fallut attendre le pape Pie IX pour remettre vraiment les religieuses au pas en supprimant en 1870 les cellules de luxe et en les contraignant à vivre une vie plus communautaire. Un autre pape, Jean-Paul II, beaucoup plus tard, en 1985, les a tout de même autorisées à parler et à sortir. Le système de vie cloîtrée reste le même, mais les sœurs peuvent sortir pour aller chez le médecin et pour voter.

“La visite du vaste complexe débute par les parloirs, aux grilles doubles. Les nonnes avaient droit à 1h de conversation par mois avec leur famille, sous l’œil attentif d’une surveillante... On traverse d’abord le patio du Silence, au fond duquel se dissimule l’élégant cloître des Novices, orné de fresques contant les litanies. Une cellule y est fidèlement reconstituée. Puis un passage discret, à droite du patio, débouche sur le sublime cloître des Orangers, entièrement peint d’un bleu Majorelle. Il s’entoure de cellules comptant chacune sa cuisine à ciel ouvert, son cabinet d’aisances et un salon (plus ou moins grand selon le rang nobiliaire de la nonne). Les servantes logeaient au-dessus, dans des conditions très difficiles. On voit également dans cette partie une salle réservée aux veillées funèbres, ornée des portraits de religieuses importantes. Aux murs, des fresques symbolisent les différentes phases de l’âme en état de péché jusqu’à l’état de grâce final. On y croise un Saint Michel attribué à Zurbarán, d’autres peintures, des vêtements religieux, ainsi que de riches meubles, tissus et porcelaines, témoignant du faste autorisé en ces lieux. Repassant par le cloître des Orangers, on poursuit par la salle des hosties. D’un filtre composé d’un immense mortier en pierre poreuse suinte une eau purifiée pour fabriquer les hosties. Chemin faisant, on aboutit à un insolite quartier d’habitation aux maisons basses ocre-rouge, couvertes de tuiles patinées, qui abritent d’autres cellules, et où les ruelles portent des noms de villes espagnoles. On découvre dans un mur un tourniquet qui permettait aux mères en détresse d’abandonner leur bébé. Suivent les immenses cuisines communes, assombries par des siècles de fumée et, place Zocodober, une fontaine et les « bains-douches » des sœurs, où elles se lavaient 7 fois par an. Au-dessus, une terrasse offre une belle vue panoramique sur le monastère et les volcans alentour. On termine par le réfectoire, ouvrant sur le cloître Majeur, le plus grand de tous, orné de fresques contant la vie du Christ et de la Vierge. Là se dresse l’église avec de tout petits confessionnaux enchâssés dans le mur (la pénitente dans le cloître, le confesseur dans l’église). L’ancien dortoir, lui, a été transformé en pinacothèque où sont exposées de nombreuses toiles du XVIe au XVIIIe s de l’école de Cusco et des objets liturgiques.

L’alignement de confessionnaux dans le mur séparant le couvent de l’église




Alors que l’anonymat était de règle, les peintres utilisaient parfois des moyens originaux pour signer leurs toiles (ici le fait de peindre la main du christ avec 6 doigts !)

Arequipa 1 (29 septembre)

Nous avons commencé notre exploration du centre historique d’Arequipa, en y allant vraiment progressivement, sans hâte, en ménageant nos forces (et pour moi mon souffle) et en nous ménageant des pauses dans notre appartement vraiment bien situé, très proche des principaux centres d’intérêt.

Le centre historique est le fruit d’une combinaison d’influences et de la nécessité de prendre en compte l’activité sismique. Le dernier séisme important date du 27 juin 2001… Son architecture est illustrée par les murs robustes, les arcades, les porches, les voûtes, les cours et les espaces ouverts, avec une forte influence autochtone dans la décoration baroque et élaborée des façades. Les bâtiments sont construits essentiellement dans une roche volcanique blanche ou légèrement rose, le sillar. Au-delà de la somptuosité de ses monuments religieux, le mérite de ce centre réside aussi dans la profusion des nobles casonas, maisons vernaculaires caractéristiques aux proportions bien équilibrées ; le centre historique en compte quelque 500. « L’espace urbain pénètre à l’intérieur des pâtés de maisons par le biais de grandes portes et de grands couloirs donnant sur les cours où sont reproduites les sculptures des façades, accentuant ainsi la continuité spatiale. Les portes et les fenêtres sont flanquées de piliers et couronnées de frontons en saillie qui se marient aux grands murs. La sobriété ornementale des porches s’harmonise avec la forme des voûtes, les corniches en saillie et les encorbellements sculptés. Les fenêtres étroites laissent pénétrer la lumière dans les arches semi-circulaires et sous les toits voûtés ». 


Dans un angle de la Plaza des Armas se dressent l’église et les cloîtres de La Compañia, l’ensemble le plus représentatif de la période du baroque mestizo de la fin du XVIIIe siècle. À l’intérieur, le maître autel monumental est orné d’un immense retable de bois sculpté doré du XVIIIe s, influencé par l’école de Cuzco. Il est flanqué d’autels eux aussi imposants dans les deux bras du transept.






L’ancienne sacristie a été transformée en chapelle dédiée à saint Ignace. C’est un véritable bijou avec son dôme polychrome du XVIIe siècle, aux couleurs pleines de lumière. Elles auraient été faites avec des anilines brillantes et de la graisse animale. C'est pourquoi elles ont résisté au passage du temps. L'auteur ou les auteurs anonymes ont peint des motifs tropicaux, des plantes et des fruits de ces lieux. Dans les pendentifs, se détachent les portraits des quatre évangélistes avec leurs symboles. Les murs sont eux aussi couverts de fresques reproduisant le même genre de motifs.




colonnes du petit cloitre adjacent à l’église

Un peu plus loin, la cathédrale dont la longue façade est surmontée de deux campaniles pointus, occupe tout un côté de la plaza. 



Les arcades des immeubles qui bordent la place, construites sur deux niveaux accueillent aujourd’hui, tout comme les palais aux alentours essentiellement des banques, des tours operators et des restaurants. 



Nous avons contourné la cathédrale par la droite pour rejoindre l’iglesia san Agustin. Seule la façade baroque très ouvragée présente de l’intérêt.



Nous avons passé un moment à l’heure du déjeuner au marché central, un lieu particulièrement pittoresque. On peut y manger sur le pouce, ce qui nous a permis de faire honneur à un copieux ceviche et un généreux poivron farci accompagné d’un gratin de pommes de terre, et de boire un peu plus loin à un stand dédié aux jus de fruits, un cocktail composé au choix du consommateur parmi un étonnant assortiment de fruits pour la plupart très exotiques. 



Les étals qui attirent le plus le regard sont ceux de fruits et légumes. Nous avons été attirés notamment par la diversité des pommes de terre. Il est vrai que le Pérou passe pour en être le berceau. “Elle a vu le jour dans les Andes, à la frontière entre la Bolivie et le Pérou, où elle poussait à l’état sauvage. Les premières traces de culture que l’on a retrouvées datent d’il y a 7000 ans. Seule culture résistant bien à la rudesse du climat péruvien jusqu’à plus de 3000 mètres d’altitude, sur les abords du lac Titicaca, des communautés de chasseurs cueilleurs domestiquèrent les nombreuses espèces qui y poussaient. A l’époque, il existait près de 200 espèces sauvages de pomme de terre, mais les agriculteurs ont progressivement sélectionné et amélioré les spécimens les plus savoureux et les mieux adaptés à la culture, donnant ainsi naissance à une variété extrême de pommes de terre. Sous l’empire Inca, elle était essentiellement consommée déshydratée par exposition au gel et au soleil. Avec l’arrivée des conquistadors espagnols, ce tubercule a traversé pour la première fois l’Atlantique vers 1570. Timidement, elle fait son entrée en Italie puis en France et en Allemagne. Vers le milieu du 16e siècle, c’est grâce aux Anglais qu’elle est adoptée par l’Europe du Nord. C’est au 18e siècle seulement, grâce à Parmentier, qu’elle devient enfin une culture d’ampleur en France. Ce pharmacien convaincu de ses qualités nutritives, fit planter aux alentours de Paris des pommes de terre gardées seulement le jour. Une mesure qui attisa la curiosité des habitants, qui venaient la dérober durant la nuit. C’est le début d’un succès qui ne s’est depuis, plus démenti”.




stand de chicha, boisson omniprésente et déjà connue des Incas (eau de cuisson de mais noir et d’ananas)




En fin d’après-midi, nous avons été voir le convento-museo « San Francisco de Asis ». Ce n’est sûrement pas un incontournable d’Arequipa, mais quand on n’est pas pressé, il mérite un détour. La visite commence par un arrêt dans la cellule occupé par un ancien ténor mexicain devenu acteur hollywoodien des années 1930 José Mojica (1895-1974) avant de se convertir corps et âme, sous le coup d’une dépression nerveuse, au franciscanisme en 1942 sous le nom de fray José de Guadalupe Mojica. Un peu plus loin, la salle Juan Duns Scoto réunit des peintures de l’école de Cuzco du XVIIe siècle. La salle capitulaire conserve une vaste fresque représentant l’arbre généalogique de l’ordre des Franciscains, ainsi qu’une représentation de la Cène. Les galeries qui dominent le cloître, offrent une très belle vue sur les volcans entourant la ville. L’église elle-même date du XVIe siècle. Son autel du XVIIe siècle est recouvert d’argent. Depuis les toits-terrasse du couvent on voit parfaitement deux des trois volcans qui dominent la ville et qui sont à l’origine de l’importante sismicité de la région.




statue représentative du style doloriste très présent dans les églises péruviennes

La ville est entourée de trois volcans


En chemin, en passant devant une librairie qui annonçait la traduction en quechua de l’ouvrage de Saint-Exupéry, je me suis remémoré le roman de Michel Bussi, « Code 612 », que j’ai lu récemment et qui évoque le rayonnement mondial du « Petit Prince »,


Par la calle Santa Catalina, nous avons rejoint la plaza des Armas pour jeter un coup d’œil sur l’intérieur de la cathédrale. En fait, autant son architecture extérieure est imposante, autant l’intérieur est très décevant.

Quand nous avons retrouvé la plaza des Armas, c’était l’heure un peu magique où la nuit commence à tomber et où les lampadaires et les projecteurs s’allument et mettent en valeur tous les édifices qui bordent la place et le parc aménagées son milieu. Elle grouille d’une foule bon enfant. Les passants squattent les marchés devant les grilles de la cathédrale et les bancs publics. Les amoureux se donnent rendez-vous, les familles se promènent, les touristes flânent, les marchands ambulants prolifèrent. Ce soir, une formation militaire musicale jouait pour les badauds qui allaient et venaient, tandis que les partisans d’un des candidats aux prochaines élections locales du 2 octobre manifestaient pacifiquement et en ordre autour de la place en agitant des oriflammes.