Nous avons fait face à l’adversité en commençant par prendre un « desayuno abundante » (autrement dit, un copieux petit-déjeuner) dans un établissement ancien, ouvert en 1954 au rez-de-chaussée d'un immeuble construit vers 1890 par l'architecte Edwin Merry, avenida de Mayo 599, le London City [Confectionary]. Julio Cortázar (1914-1984) y fait référence dans son premier roman, Los Premios écrit en 1960 et en a écrit d’autres, installé à une de tables de l’établissement.
De là, nous avons rejoint l’emblématique plaza de Mayo. En y arrivant, nous sommes passés sous le porche de la Catedral Metropolitana achevée en 1812 et dont l’architecture extérieure s’inspire du… Palais Bourbon à Paris (l’architecte était français…). Le portique à douze colonnes surmontées d’un frontispice sculpté, représente les douze apôtres. Dans une des chapelles latérales, le mausolée du général don José San Martin (1778-1850), « père de la Nation et libérateur de l’Argentine », est gardé par deux jeunes soldats imperturbables. La cathédrale s’enorgueillit évidemment d’avoir eu comme cardinal-archevêque, de 1998 à 2013, un certain Jorge Mario Bergoglio, plus connu maintenant sous l’appellation de pape François.
La plaza de Mayo est « l’âme » de Buenos Aires. Elle a été témoin des principaux événements qui ont marqué l’histoire du pays : l’expulsion du vice-roi espagnol et de sa suite par les Porteños, la formation du premier gouvernement argentin le 25 mai 1810 comme le rappelle l’obélisque dressé en son centre, les grands rassemblements de foule au moment du péronisme, le défilé des partisans de la guerre des Malouines (2 avril-14 juin 1982), les grandes mobilisations de soutien à la démocratie au début des années 1980, la mobilisation des « Folles de Mai », ces mères de disparus sous la junte militaire, qui continuent de tourner en rond, coiffées d’un foulard blanc chaque jeudi après-midipour réclamer la restitution de l’identité des bébés volés sous la dictature.
Un côté de la place est occupé par la « Casa Rosada », le siège de la présidence argentine. À l’opposé se dresse le Cabildo, un des premiers bâtiments officiels coloniaux (siège du Conseil colonial mis sur pied par Juan de Garay en 1580 lors de la deuxième fondation de la ville, puis Conseil de gouvernement en 1810, avant d’être le siège de la plus haute instance juridictionnelle et enfin une prison !).
Au milieu, l’obélisque de dix-huit mètres de haut est entouré au sol de plaques commémoratives et d'une seule en bronze sur le mur est, ne mentionne que les deux noms des premiers officiers morts sur les champs de bataille pour l’indépendance de l’Argentine, Felipe Pereyra de Lucena et Manuel Artigas.
Un peu sur le côté a été inauguré en 1873 un monument équestre au général Manuel Belgrano (1770-1820), un des principaux chefs de la guerre d’indépendance. Il est montré en train de hisser le drapeau national qu'il a créé. A ses pieds, des galets avec des noms ont été déposés en hommage aux victimes des émeutes de la crise financière de décembre 2001 (39 morts), le tout entouré de parois transparentes pour sanctuariser le lieu.
Or, il faut par contre vraiment bien chercher pour trouver une évocation de la dictature qui, elle, a fait environ 30 000 morts, dix fois plus que la dictature chilienne ! Une stèle discrète représente une tête de femme stylisée avec un fichu sur la tête pour évoquer ces mères à la recherche de leurs enfants disparus. Rien d’autre ! Omerta et déni complets ! Nous avons quitté la place avec une certaine amertume d’autant que nulle part ailleurs dans Buenos Aires, nous n’avons connaissance d’un quelconque musée, d’une place, d’un monument qui seraient consacrés à cette période noire de l’histoire de l’Argentine (1976-1983) et seraient dédiés à ses nombreuses victimes. Depuis, nous avons appris que la tristement célèbre ancienne école mécanique de la Marine, assez éloignée du centre ville, abrite, depuis 2004 seulement, une exposition accessible au public uniquement le week-end…
Nous avons poursuivi notre déambulation dans le quartier. L’avenida de Mayo était rendue en partie piétonnière pour accueillir des stands à l’occasion d’une fête célébrant les relations entre Buenos Aires d’une part, l’Espagne et le Portugal d’autre part.
Un taxi nous a déposés à proximité de l’imposant portail du Cementerio Recoleta, qu’il est fréquent de rapprocher du Père-Lachaise. Première différence : l’entrée dans les cimetières parisiens est gratuite, pas pour les étrangers au Cementerio Recoleta. Deuxième différence : la densité des édifices ; panthéons et mausolées sont mitoyens, aucun espace n’est perdu ici. Troisième différence : dans la majorité des édifices, on n’inhume pas les cercueils, on les dépose sur des étagères, il reste apparents aux yeux des vivants et malheureusement suivent la destinées des édifices quand ceux-ci sont laissés à l’abandon. Pour le reste, c’est un lieu à ne pas manquer à Buenos Aires. Il a été conçu en 1822 par l’ingénieur français Prospère Catelin et occupe cinq hectares. Plus de 90 panthéons ont été classés monuments national historique. Les mausolées les plus populaires sont ceux de Maria Eva Duarte de Perón (1919-1952), la fameuse Evita, Luis Federico Leloir (1906-1987), un biochimiste, Prix Nobel de chimie en 1970, et Adolfo Bioy Casares (1914-1999), dandy, grand voyageur et écrivain.
En ressortant, nous avons jeté un coup d’œil sur l’iglesia Nuestra Señora del Pilar (1732), qui appartenait au couvent des Récollets dont le verger a été amputé pour créer le cimetière. Un vaste espace vert jouxte le cementerio et l’iglesia. La Plaza Francia est un ensemble de pelouses très prisées des jeunes, des musiciens des rues et des vendeurs à la sauvette par une belle journée dominicale comme aujourd’hui, et qui accueille le week-end une feria, sorte de marché artisanal dans un style un peu bohème. La place est dominée par le monument de la France à l'Argentine d’Emile Peynot, offert par la communauté française à l'occasion du centenaire et inauguré en 1910. Ses quatre bas-reliefs en bronze évoquent des faits historiques centraux de l'histoire des deux nations. Les deux figures féminines qui surplombent le monument symbolisent l'Argentine et la France, guidées par un ange qui personnifie la Gloire. Le monument comporte également des plaques commémorant diverses personnalités d'origine française.
Un peu plus loin, le Museo nacional de Bellas Artes présente une riche collection d’oeuvres du XIIe au XXe siècle, comme on peut en voir dans d’autres musées du monde, notamment des toiles des écoles européennes les plus significatives, mais le clou de la visite est assurément l’exposition de vingt-quatre « tablas » sur « los enconchados de la conquista de México » [« Les décortiqués de la conquête du Mexique »], œuvre de Miguel et Juan González, deux peintres résidant en Nouvelle-Espagne, commandée en 1698 par Carlos II. Elles retracent l’épopée des conquistadores du débarquement d'Hernán Cortés à San Juan de Ulúa et du naufrage des navires jusqu'à la chute de Tenochtitlán et la reddition de Cuauhtémoc. Les artistes ont utilisé la technique du décorticage - d'influence orientale -, qui consiste à incruster de la nacre avec une préparation en plâtre sur un support en bois doublé de toile de lin. Les couleurs sont irisées aux reflets de la nacre. « Articulant des scènes narratives très condensées visuellement, chaque panneau relate divers épisodes de la destruction du Mexique aztèque par les Espagnols. Moctezuma et Hernán Cortés en sont les figures centrales, bien que le rôle de Doña Marina — la Malinche —, qui a dirigé l'expédition espagnole, ne soit pas mineur. Mais surtout, ce sont le peuple et les armées en présence qui occupent l'essentiel du récit ».
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| Auguste Rodin “la Terre et la Lune” |
La Recoleta dont font partie le cimetière, la plaza Francia et le musée, est un des quartiers de Buenos Aires qui pourraient très bien se situer dans une ville européenne à en juger par le style architectural des immeubles, l’agencement des avenues et des rues ombragées. Son nom provient du couvent édifié par des frères récollets en 1716. Le quartier chic par définition avec des boutiques de luxe et des immeubles résidentiels ! On y trouve plusieurs ambassades (Brésil, France, Nonciature). On y voit aussi malheureusement - crise économique aidant - de très belles demeures classiques, inoccupées et laissées apparemment à l’abandon. Un patrimoine en souffrance !
Le brunch du London City étant lointain, nous avons testé vers 19h00 une institution locale, la Pizzeria Güerrin, Corrientes 1368, fondée en 1932. Nous avons été bien inspirés d’y aller tôt car en en ressortant nous avons constaté que des files d’attente (à emporter et restaurant) s’allongeaient dans la rue, malgré la taille du restaurant qui est une véritable ruche vibrionnante. A peine est-elle libre, une table est débarrassée et dressée de nouveau dans la minute qui suit. Disons-le tout de suite, non la pizza servie n’est pas « la migliora pizza del mundo », mais sans doute la plus généreuse en fromage (une vraie fondue savoyarde !), une des plus copieuses (nombre de clients repartent avec un doggy bag) et le service est d’une rare efficacité et avenant.
L’avenida Corrientes a une longue histoire. Au début du XXe siècle, elle était connue comme un lieu de débauche par excellence avec ses maisons-closes. Leur fermeture en 1919 a laissé le champ libre aux théâtres, aux music-halls et aux cabarets. Le soir, surnommée le Broadway argentin, elle est un spectacle à elle seule. Une foule hétéroclite déambule, fréquente bars, restaurants, salles de spectacles, boutiques de souvenirs. Nous avons passé un bon moment à regarder les prestations auxquelles se livrent dans la rue de couples de danseurs de tango, pour gagner quelque argent. Ils sont jeunes et élégants, dansent avec sérieux. Dans ses 1000 facettes, le tango est rapide, ses figures sont bien rythmées. C’est une danse extrêmement sensuelle !
La soirée était pimentée car se jouaient apparemment plusieurs matchs de la ligue de football argentine. Pour prévenir tout débordement, la police avait déployé pas mal de moyens. Les supporters agitaient des drapeaux bleus et blancs, mais étaient encore calmes quand nous avons quitté les lieux pour rentrer à pied, histoire d’éliminer quelques calories…





































Encore un changement d’atmosphère…. Bientôt le retour en France pour Christian et j’espère un bon moment de repos bien mérité. Bises Annouk
RépondreSupprimerEncore un bon moment passé avec vous ! Quelles belles aventures ! Vous aurez encore de belles choses à nous raconter en rentrant, après quelques jours de repos bien mérités, comme le dit Elizabeth. Bon retour à Christian et bonne continuation à Olivier. On continuera à te suivre. Bisous Dominique et Olivier Rajo
RépondreSupprimerUne journée bien remplie....rien de tel qu une pizza accompagnée d un bon vin argentin pour vous requinquer.Bisous bisous .Elisabeth
RépondreSupprimerHâte de vous entendre nous raconter votre si beau voyage sud-américain !
RépondreSupprimerBises