Troisième étape du voyage : Cusco ! Notre arrivée dimanche 2 à l’aéroport de Cusco a été pimentée par une petite mésaventure. Nos deux valises n’étaient pas au rendez-vous ! Le temps de faire les formalités d’usage en pareille circonstance, nous avons pris possession de notre logement Airbnb à une heure tardive où les commerces alimentaires étaient fermés. Heureusement, pas les pharmacies de sorte que nous avons pu nous procurer l’indispensable brosse à dents et le dentifrice qui va avec ! Pour ce qui est du dîner, comme il était près de 21h45, nous n’avons pas fait les difficiles et nous sommes rentrés dans le premier restaurant venu, en l’occurrence un restaurant chifa, nom qui désigne la cuisine péruvienne influencée par la cuisine chinoise. Une première pour nous ! À partir de 1841, poussés par la pauvreté, des migrants chinois sont venus principalement de la région de Canton et sont à l'origine de cette cuisine originale. Ameublement kitsch à souhait, une télévision en fond de salle donnant les résultats quasi définitifs des élections régionales, circonscription par circonscription, alors que le scrutin était clos depuis 17h00, mais des plats bien préparés et copieux !

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| Les cuisines roulantes sont très actives |
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| La rue de notre Airbnb… |
Indépendamment de cette mésaventure, l’arrivée à Cusco, ville d’environ 420 000 habitants, marque pour nous l’entrée « dans vif du sujet », dans ce qui a motivé pour nous la séquence péruvienne : la découverte du monde des Incas, comme la découverte de la civilisation maya avait motivé en 2013 un voyage dans le Yucatán.
La principale interrogation est bien sûr de savoir si nous allons être ou non victimes du mal des montagnes et, si oui, comment nous allons réussir à le surmonter car Cusco est en moyenne à 3 300m d’altitude, dans une large vallée cernée de montagnes ocres et brunes. Pour conjurer le sort, nous avons scrupuleusement préparé une infusion avec les feuilles de coca que notre hôtesse n’avait pas manqué de laisser à notre intention.
L’absence de mal de tête au réveil lundi matin nous a fait espérer « passer au travers des gouttes », du moins des plus grosses. Mais, le souffle court et le sentiment de manquer d’oxygène, autre symptôme du mal des montagnes m’ayant tenu éveillé une partie de la nuit, la forme physique n’était pas au top ! Nous avons néanmoins fait une première reconnaissance du centre-ville. Au retour, vers 11h30, nous avons eu la bonne fortune de retrouver nos deux valises. Le soulagement prévaut…
Concernant Cusco, la toute première impression est celle d’une ville grouillante avec un étonnant centre historique qui s’est développé autour de la plaza de Armas (dénomination qui, on le voit, est très répandue dans les grandes villes péruviennes). Vaste et fleurie, elle a une belle homogénéité architecturale avec ses galeries à portiques où abondent cafés, restaurants et boutiques. Elle est bordée par deux imposants édifices religieux, la cathédrale et l’iglesia de la Compañia de Jesús longtemps rivales. Elle occupe exactement l’espace cérémonial inca (Huaccapayta) qu’entouraient de prestigieux monuments : « le temple dédié à Viracocha et le Yachayhuasi – « maison du savoir » dispensant son enseignement aux astronomes, aux chroniqueurs et aux comptables. À côté se dressait l’acclahuasi, « maison des femmes choisies », vouées au service des dieux et de l’Inca. C’est ici que furent exécutés Diego de Almagro en 1538 et Gonzalo Pizarro en 1548, deux conquistadores condamnés pour avoir comploté contre le maître du moment. On y exposa la tête de Túpac Amaru, le 4e Inca de Vilcabamba exécuté en 1572, et y écartela l’Inca Túpac Amaru II en 1780. L’histoire l’a réhabilité, puisque désormais la statue d’un chef indien trône au milieu de la plaza ». Tout le quartier est une véritable plaque tournante pour les touristes du monde entier.
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| La cathédrale |
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| L’église de la Compagnie de Jésus |

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| Pachacuti, 9ème souverain inca et 1er empereur |
L’étape de Cuzco est l’occasion de se plonger dans l’histoire mythique des Incas qui m’a fasciné depuis qu’à huit ans, j’ai lu mes premiers albums de Tintin, qui étaient précisément « Les Sept Boules de Cristal » et « Le Temple du Soleil ». Le Guide du Routard en fait une bonne synthèse :
La civilisation inca prend naissance au début du XIIIe siècle dans le bassin de Cuzco et se développe ensuite le long de l'océan Pacifique et de la cordillère des Andes, couvrant la partie occidentale de l'Amérique du Sud. À son apogée, elle s'étend de la Colombie à l’Argentine et au Chili, en couvrant la plus grande partie des territoires actuels de l’Équateur, du Pérou et près de la moitié Ouest de la Bolivie. Elle est à l'origine de l'Empire inca, l'un des grands royaumes de l'Amérique précolombienne. Cet empire avait pour chef suprême le "Sapa Inca". L'Empire inca fut conquis par les conquistadors espagnols sous les ordres de Francisco Pizarro (1475-1541) à partir de 1532. L'une des grandes singularités de cet empire fut d'avoir intégré, dans une organisation étatique originale, la multiplicité socioculturelle des populations hétérogènes qui le composaient.
À leur arrivée dans la région de Cuzco, les Incas ne sont qu'une tribu parmi d'autres dans une confédération locale, occupant dans un premier temps un rang subordonné. Leur position de chefs militaires dans la confédération leur permet de gagner progressivement de l'influence lors des règnes successifs de Sinchi Roca, Lloque Yupangi, Mayta Capac et Capac Yupangi (approximativement entre 1230 et 1350). Finalement, à la mort de Capac Yupanqui, Inca Roca s'empare du contrôle de la confédération. Yahuar Huacac puis Viracocha Inca étendent la domination inca. Néanmoins, le territoire inca ne dépasse pas un rayon de 40 km autour de Cuzco.
En 1438, lors d'une guerre avec la tribu voisine des Chancas, Viracocha abandonne la capitale, mais son fils Pachacutec (1438-1471), le 9e chef inca la défend avec succès et défait les Chancas. C'est le début de l'expansion extrêmement rapide de l'empire. Le fils de Pachacutec, Tupac Yupangi (1471-1493) et son fils après lui, Huayna Capac (1493-1527), repoussent les frontières de l'empire du Chili au Sud de la Colombie. L'empire est à son apogée.
En 1532, 180 conquistadors espagnols débarquent et commencent la conquête de l'empire inca. Bien que peu nombreux face aux armées incas de plusieurs dizaines de milliers de soldats, cette conquête est très rapide. Les historiens expliquent cela par une combinaison de plusieurs raisons : la guerre de succession consécutive à la mort de Huayna Capac en 1527 entre son fils Huascar et son fils illégitime Atahulpa qui triomphera de son demi-frère, la rapide capture du nouvel empereur Atahualpa, la supériorité militaire des Espagnols, tant par leur armement (chevaux, armures en métal et armes à feu) que par leur stratégie, leur habileté diplomatique à soulever contre l'empire des tribus locales ainsi que l'assimilation par les Incas des Espagnols à des dieux annoncés par des prophéties.
La conquête espagnole s'accompagne de nombreux pillages et de massacres. La colonisation qui s'ensuit engendre une catastrophe démographique majeure : la population de l'empire inca, estimée entre 12 et 15 millions de personnes avant la conquête, est d'environ 600 000 un siècle plus tard. L'exploitation des indigènes et leur manque de défenses immunitaires contre les maladies apportées par les Espagnols en sont les principales raisons. Prisonnier de Pizarro, Atahualpa lui donna tout son or en échange de sa libération. Pizarro prit l'or mais fit malgré cet accord exécuter l'empereur le 29 août 1533.
Les Incas se rebelleront tout de même plusieurs fois, notamment en 1536 sous le commandement de Manco Inca. La ville de Vilcabamba devient le centre d'un noyau de résistance inca qui y subsistera jusqu'en 1572. La résistance aura un sursaut aux XVIIe et XVIIIe siècles ; le plus important épisode sera celui de Túpac Amaru II en 1780, toujours avec l’objectif avorté de restaurer l’empire inca...
Rassurés sur le sort de nos bagages, nous sommes ressortis pour parfaire notre connaissance de la cuisine locale. Le tacu-tacu est un plat typique de la gastronomie créole au Pérou. Le terme viendrait du mot quechua « takuy » qui signifie « mélanger une chose avec l'autre ». Ce plat aurait été au départ confectionné par des esclaves noirs qui profitaient des restes de nourriture. Il associe une sauce à base d’oignons hachés et d’ail moulu dorés à la poêle, des haricots et du riz cuits séparément, le tout étant malaxé et complété par un autre mélange d'huile et du poivron jaune. Le tout est moulé et servi par exemple avec des blancs de poulet poêlés.
Soucieux de ménager nos forces, nous nous sommes ensuite contentés d’une seule visite touristique, celle du convento de Santo Dominguo de Guzmán y templo del Sol Qorikancha. Le monastère a été construit sur les décombres du plus célèbre et plus central lieu de l’Empire inca, le fameux Temple du Soleil ou Qorikancha (enclos de l’or). Les Incas y vénéraient aussi P’unchau, le dieu du Jour, et Viracocha, le créateur... Le temple surplombait un ensemble de jardins en terrasses où s’étageaient d’autres temples dédiés à différentes divinités. Cet endroit était d’une richesse inouïe. Tout était en or ou recouvert d’or : trônes des empereurs défunts, corniches, autels, certains murs, plafonds, statues, disque solaire du grand sanctuaire. L’ensemble fut pillé, fondu en lingots et envoyé en Espagne par les conquistadores, puis cédé à Juan Pizarro, gouverneur de Cusco, frère de Francisco, qui en fit don en octobre 1534 aux dominicains, le premier ordre établi au Pérou.
Certaines structures incas furent conservées pour bâtir le monastère et l’église. En 1650, un tremblement de terre causa des dommages graves à l'infrastructure du couvent, mais laissa intact les éléments incas ! La reconstruction dura jusqu'en 1680. Le résultat est un curieux mélange de murs incas inclinés, cernant le grand cloître, et de bâtiments de l’époque hispanique. La pinacothèque aménagée dans une partie du monastère expose des œuvres remarquables, notamment de nombreuses toiles de l’école de Cusco, qu’il est malheureusement interdit de photographier même sans flash.
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| Les restes d’un mur du Temple du soleil entourent le couvent |
Nous avons emprunté ensuite la calle Loreto, une ruelle piétonne étroite longée de chaque côté par de hauts murs de pierre dont la base inca est en parfait état de conservation. Nous y avons vu nos premiers lamas, camélidés andins le plus connus, popularisés par le capitaine Haddock. Ils se subdivisent en deux races, le chaku à poils plus courts, et le kara doté de la toison la plus fournie. Domestiqué il y a des milliers d’années par les civilisations précolombiennes, les lamas sont prisés pour leur endurance et leur grande résistance aux conditions climatiques parfois difficiles dans les zones d’altitude. Ils sont utilisés pour le transport de charges, mais aussi élevé pour leur laine et leur viande paraît-il savoureuse et très riche en protéines. A voir ! Mais ils sont éclipsés à nos yeux par les charmants alpacas, eux aussi très prisés pour leur laine plus délicate et leur chair. Il est fréquent de voir en ville des Péruviennes en habits traditionnels toujours très colorés, posant pour les touristes avec un adorable alpaca à leur côté, contre rémunération bien évidemment.
La fatigue se faisant durement sentir, nous avons opté pour une pause au balcon du 1er étage du café de l’hôtel de la plaza de Armas qui offre une vue générale non seulement sur la place, mais aussi sur les quartiers qui au second plan colonisent de façon anarchique la montagne.
Réunissant nos dernières forces de la journée, nous avons fait un détour par la calle Hatun Rumihoc, une des plus célèbres ruelles piétonnes de la ville, très touristique, trop peut-on même dire. Chaque jour, des centaines de touristes défilent le long des murs de pierre datant des Incas et se font photographier à côté de la fameuse pierre des 12 angles encastrée dans un mur à un carrefour. Retrouver notre home a été un soulagement. Décoction de feuilles de coca et paracétamol devraient à la longue aider à surmonter les symptômes du mal des montagnes…
Prenez bien le temps de vous acclimater...reportage passionnant.. Bisous bisous Elisabeth
RépondreSupprimerblog toujours au top! ....Prenez bien soin de vous . Annouk
RépondreSupprimerLe bonjour à Serge !
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