Normalisation en cours : l’altitude n’est plus que de 778 m au niveau de l’appartement de Sergio et Beatriz (17e étage !), l’air ambiant ne véhicule plus la poussière irritante du désert, les médicaments remplissent peu à peu leur office, la chaleureuse amitié de Sergio et Beatriz depuis hier soir font le reste. Bref, la nuit passée a été la meilleure depuis une éternité. Je revis…
Après un long petit-déjeuner avec en toile de fond la cordillère des Andes et au premier plan, le golf verdoyant du club la plus huppé et le plus fermé de la capitale chilienne, nous avons traversé une partie de la ville pour nous rendre dans le barrio Brasil, un mélange de constructions chiliennes néogothiques, néoclassiques et traditionnelles. En raison de l'abandon et de la détérioration progressive de la plupart des grandes maisons du quartier, ajoutés à la dégradation urbaine générale du secteur ouest de la commune, Barrio Brasil a connu la perte d'une partie de son patrimoine architectural. Le tremblement de terre de 1985 a accéléré le déclin et nombre d’anciennes demeures semblent encore à l’abandon et couvertes de graffitis alors qu’une action est tentée pour redonner vie à ce quartier.
C’est là qu’a été inauguré le 11 janvier 2010, en présence de la présidente de la République Michelle Bachelet (2006-2010 et 2014-2018) et des anciens chefs d'État Eduardo Frei Ruiz-Tagle (1994-2000) et Ricardo Lagos (2000-2006), le Museo de la Memoria y los Derechos humanos, dont l’ambition est de « faire la lumière sur les ténèbres ». Le choix de l’avenue Matucana s’explique par le poids du passé du secteur pendant la dictature. Des troupes furent stationnées dans le parc Quinta Normal et l’internat national de Barros Arana. Des détenus disparurent de l’hôpital San Juan de Dios, l'INBA et la station navale métropolitaine furent des centres de détention politique et de torture.
Le musée occupe un vaste bâtiment de béton et de verre, dont l’architecture extérieure est très austère. « Il permet de regarder, sans détour et avec lucidité, l’obscurantisme du passé et les années sombres de la dictature d´Augusto Pinochet (1973-1990) qui a marqué nos jeunesses, tant celle d’Olivier que la mienne. L’espace muséographie revient sur les événements du 11 septembre 1973, le bombardement du palais présidentiel par des avions de l’armée de l’air chilienne, le suicide dans son bureau du président démocratiquement élu en 1970, Salvador Allende, les arrestations arbitraires, les tortures, les exécutions sommaires, les disparitions. Il résonne comme un vibrant hommage à toutes les victimes. C’est un témoignage sur les heures les plus sombres de l’histoire du pays, alimenté de films, d’articles de journaux, de dessins et d’objets réalisés en détention. L’atmosphère est au recueillement face au mur entièrement recouvert de photos noir et blanc des victimes ou en présence de cette représentation du pays reproduite sur le sol sur laquelle sont plantées des photos de lieux de mémoire et de souffrance.
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| Représentation du Chili et de la localisation des principaux lieux de souffrance (lieux de torture, fosses communes, charniers…) |
Des coupures de presse et des enregistrements radio montrent les attaques commises par le régime sur le sol étranger, comme les meurtres d'Orlando Letellier à Washington DC et du général Carlos Pratz à Bueno Aires, en plus de l'attaque contre Bernardo Leighton à Rome dans le cadre de ce qui est connu sous le nom d’Opération Condor. D’autres décrivent le contexte qui a conduit au plébiscite de 1978 faussé dès lors les électeurs avaient le choix entre un bulletin marqué d’un drapeau chilien (option pro-régime) et un autre, un drapeau noir. Une section montre aussi des passeports marqués d'une lettre "L" qui empêchait le retour des titulaires et récapitule l’accueil réservé à l’étranger aux réfugiés chiliens. La France est avec la Suède et l’Italie le pays d’Europe qui en a accueilli le plus. Le musée évoque aussi l’échec du plébiscite tenté en 1988 par Pinochet pour se maintenir encore au pouvoir, l’accession à la présidence de Patricio Aylwin (1990-1994) et les déboires judiciaires de l’ancien dictateur jusqu’à sa mort en 2006.
On pourra sans doute reprocher au musée de ne pas avoir assez replacé la dictature dans le contexte de guerre froide de l’époque, d’avoir très peu évoqué le soutien de la CIA. Avec ses 3200 morts et disparitions avérées et ses quelque 38000 cas de tortures et d’arrestations arbitraires, la dictature d’Augusto Pinochet n’est sans doute pas la plus meurtrière sur le continent sud-américain (l’Argentine bat des records en la matière), mais elle est celle qui a sans doute marqué à l’époque le plus les esprits entraînant une mobilisation à l’échelle mondiale.
Sergio et Beatriz nous ont conviés à un déjeuner tardif (15h00) dans un restaurant pittoresque du bord de l’eau, à la décoration intérieure de style mudéjar. Nous avons enfin dégusté notre premier « Pisco Sour » ! Le cocktail très apprécié dans toute l’Amérique du Sud, associe pisco - une eau-de-vie produite au Pérou et au Chili -, jus de citron vert, sirop de sucre, blanc d’œuf et bitters Angostura.
Une promenade digestive nous a fait découvrir de nouvelles vues générales sur la ville et son encadrement montagneux. L’itinéraire est jalonné de sculptures d’Alejandro Veloso Iriarte représentant des nids. Nous avons pleinement profité d’une soirée familiale entourée des trois filles de Beatriz et Sergio, Alicia, Paula et Irène.


















Rien de tel que de se retrouver entre amis à une altitude...raisonnable...pour se sentir mieux...
RépondreSupprimerOn ne peut pas oublier la période noire du Chili...il.est des noms qui résonnent toujours tristement dans nos têtes ...profitez bien de votre séjour à Santiago.Bisous bisous .Elisabeth
C'est très chouette de retrouver Sergio et toute sa famille, et un Pisco Sur en prime, vous allez retrouver votre forme c'est sûr !
RépondreSupprimerBises