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Cusco 2 (mardi 4 octobre)

Olivier supporte mieux que moi l’altitude. Après la seconde nuit pénible et en grande partie blanche que j’ai passée, j’ai sorti ce matin l’artillerie lourde : passage au Diamox, bien connu des personnes ayant des difficultés pulmonaires et sujettes aux méfaits de l’altitude…

Nous avons commencé par nous rendre au Museo del Machu Picchu. C’est une excellente introduction à la visite du site programmée vendredi 7 car il est très didactique et les objets  présentés (trouvés sur le site), même s’ils sont peu nombreux, sont de qualité. Plusieurs salles évoquent les circonstances de la redécouverte des ruines par Hiram Bingham (1875-1956), explorateur et homme politique américain, le 24 juillet 1911, neuf ans après qu’un propriétaire foncier de Cusco, Agustín Lizárraga, ait repéré l'endroit (14 juillet 1902), comme en témoigne l’inscription qu’il laissa sur l’un des murs du Temple des Trois Fenêtres de la citadelle. Le clou du musée est une splendide maquette du Machu Picchu accompagnée d’une vidéo explicative sur chaque quartier. Une seconde vidéo présente les connaissances avancées en astronomie des Incas et une troisième souligne que l’intérêt du site n’est pas seulement les ruines, mais aussi la faune et la flore protégées, avec beaucoup d’espèces endémiques.


Outre de belles céramiques et quelques bijoux, le musée expose deux momies accroupies. Cette position est en fait un retour à la position fœtale des débuts de la vie pour faciliter le passage dans l’autre vie. Une scène représente le Sapa Inca avec un de ses collaborateurs et un serviteur. Elle donne une idée de la sobriété de l’habillement du chef inca dans la vie quotidienne mais aussi de la distanciation maintenue avec ses sujets (sandales, boucles d’oreilles et bracelets du roi sont en or). On découvre aussi un quipu, cet ensemble de cordelettes avec des nœuds qui servait de livres de comptes aux Incas (en base décimale !). Plusieurs thèmes sont présentés de façon synthétique, notamment sur la vie quotidienne, les liens entre religion et astrologie, la place des textiles dans la culture inca, le travail des métaux, la consommation de chicha, la signification de la déformation du crâne des nouveau-nés dans les classes sociales élevées.








Le « quipu », système inca de comptabilité qui inclut une écriture simplifiée




Les attributs royaux



L’après-midi a été presque entièrement consacré aux deux principaux édifices religieux de la plaza de Armas.

La Catedral-basílica de la Virgen de la Asunción est l’un des ensembles religieux les plus imposant du pays avec son parvis surélevé et sa façade à deux tours. Trois bâtiments juxtaposés communiquent à la hauteur du transept. Tous renferment des œuvres d’une richesse inouïe. Cela en devient presque indécent. L’édification de la cathédrale est née de la volonté des conquistadors de créer, dès l’occupation de la ville, un lieu de culte symbolisant le triomphe de la foi catholique sur la religion des Incas.



Evocation du tremblement de terre de 1650


Le seigneur des « tremblements de terre »

Le Templo de la Sagrada Familia (partie gauche) est l’église la plus récente (1723-1735), bâtie dans un style néoclassique d’inspiration française. Sur les côtés de la nef, les retables des autels baroques et rococo sont surchargés de miroirs. Cette coutume répandue dans toute l’Amérique du Sud, est née des croyances incas, qui affirmaient la matérialisation de l’âme par le reflet. En clair : seuls ceux qui avaient la conscience tranquille pouvaient se regarder en face ! Le problème est bien qu’on peut avoir à tort la conscience tranquille…

La cathédrale proprement dite (la partie centrale) dotée d’un porche baroque, plaqué sur la façade Renaissance, est plus grandiose que véritablement esthétique. La cathédrale a été édifiée en un siècle à partir de 1560, avec les pierres du site inca de Sacsayhuamán, en lieu et place du temple à Viracocha. Elle renferme plus de 400 toiles, dont certaines de Marco Zapata, l’un des rares artistes connus de l’école de Cusco. On y décèle quelques représentations de symboles incas au milieu des images pieuses chrétiennes. Parmi elles, à droite du chœur, une grande Cène a, comme plat principal... un cuy (cochon d’Inde) grillé ! La cathédrale abrite 2 images saintes hautement révérées : la Virgen de la Linda (la « belle »), 1re patronne de Cusco, et un Christ offert par Charles Quint. Surnommé « petit papa », c’est le Señor de los Temblores pour les Cusqueños depuis qu’il aurait fait cesser les répliques du séisme de 1650. La sculpture – noircie par la fumée des cierges – est portée en procession le lundi de Pâques, unique occasion annuelle où la messe est dite en quechua. Parmi les autres trésors de la cathédrale figurent dans le chœur et sous un baldaquin, le retable de la Sainte-Trinité en argent massif (1 250 kg) et, caché juste derrière, son 1er retable en bois, superbe et tarabiscoté, ainsi qu’une chaire du XVIIIe siècle à l’incroyable foisonnement décoratif et des stalles baroques de même facture. 2 orgues du XVIIe siècle, restaurés, les dominent. Dans la sacristie, au milieu des portraits des évêques, de superbes armoires ciselées d’éléments floraux et une sombre Crucifixion attribuée (sans certitude) à Van Dyck.

Une scène plutôt originale avec des fruits exotiques et un cochin d’inde grillé au milieu dd la table

Le Templo del Triunfo (partie droite) est la 1re église construite à Cusco (1536). Sur le maître-autel trône la « croix de la Conquête », apportée par Pizarro.

L’Iglesia de la Compañía de Jesús a été bâtie une première fois à partir de 1571, puis reconstruite après le séisme de 1650, à une époque où les jésuites abandonnaient l’austérité et la modestie qu’exigeaient leurs statuts pour verser dans l’exubérance du baroque. Elle s’appuie, comme la cathédrale, sur les fondations d’un ancien palais inca, celui de Huayna Cápac. Les jésuites, très influents jusqu’en 1767, date de leur expulsion décidée par Charles III d’Espagne, rêvaient, dans leur rivalité orgueilleuse, d’éclipser la cathédrale, ce que perçut très bien l’archevêque qui demanda, en vain, la destruction de la Compañía au pape ! Ambiance… et tout cela au nom du Dieu de Miséricorde ! Il obtint juste une modification des plans : ainsi l’église n’a-t-elle qu’une nef, au lieu des 3 envisagées à l’origine.

L'église est entièrement en basalte et en andésite. La façade principale est un exemple classique du style baroque. La nef unique couverte de voûtes nervurées, est flanquée de deux chapelles latérales. La pièce maîtresse de la décoration intérieure est l’extraordinaire maître-autel, l’un des plus grands d’Amérique (21 m sur 12), sculpté dans du cèdre et entièrement doré à la feuille d'or. Il possède des colonnes salomoniques, un grand nombre de peintures, une toile centrale représentant la Transfiguration du Christ, une sculpture de la Vierge de l’Immaculée Conception et divers ornements et décorations réalisés avec des pierres précieuses qui mettent en valeur le style baroque de l’ensemble. Plus de 70 tableaux du fameux Marcos Zapata, fer de lance de l’école de Cusco ornent les murs. Un escalier en bois quelque peu raide et étroit percé dans le mur de gauche mène jusqu’à l’étage et permet d’avoir une très belle vue sur la plaza de Armas.


Il faut observer les deux visiteurs en bas à gauche pour prendre la mesure du gigantisme du retable




Nous avons dîné non loin de chez nous, dans une gargote de quartier bien sympathique, Sumaq, décorée de vieilles sculptures locales et avons mangé pour la première fois de l’alpaca, ce camélidé qui nous fait fondre à chaque fois que nous en croisons un dans la rue, mais qui pour son malheur a une chair réputée délicieuse. Nous ne pouvons que confirmer, notamment quand le morceau d’alpaca est servi avec un risotto de quinoa et une « sauce andine » à base de huacatay, appelée en français la tagète des décombres (!), une plante parfumée qui pousse au bord de nos routes et que nous percevons comme un peu invasive, mais qui ici entre dans la confection de nombreux plats cuisinés.






2 commentaires:

  1. Le grand jour est arrivé....!!!Explications très instructives sur la cathédrale. Quand goûterez vous au cochon d inde grillé ? C est peut etre tres bon pour le mal des montagnes?Bisous bisous.Elisabeth

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  2. Bonne prochaine nuit à Christian !
    Bises

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