notre voyage à la découverte du Pérou, de la Bolivie, du Chili et de l'Argentine...

La Paz (jeudi 13 octobre)

Combat inégal toute la nuit entre nos toux respectives et le sommeil… Autant dire que cette dernière journée à La Paz n’a pas commencé sous les meilleures auspices…

Nous avons confié à l’hôtel tout notre « equipaje » (bagages) en fin de matinée après avoir restitué la chambre et sommes partis à la découverte des quartiers voisins jusque 18h00. Autant avouer que j’étais un vrai zombie, marchant à petits pas, m’appuyant occasionnellement sur mon bâton de vieillesse.

Première visite, l’Iglesia de San Francisco, l’édifice de l’époque coloniale par excellence, est situé sur l’avenida Mariscal Santa Cruz, où passait jadis la rivière Choqueyapu... Construite entre 1744 et 1784, cette belle église est dotée d’une remarquable façade baroque qui révèle largement les influences indigènes (ce que l’on appelle le style « végétal »). On y reconnaît des anges, des sirènes, des lions et des représentations de la Pachamama (au-dessus du portail, de part et d’autre de la statue de saint François). En haut à gauche, il y a un mâcheur de coca ! L’intérieur, relativement austère – si ce n’est les très beaux ornements de pierre végétaux de la coupole –, contraste avec la richesse du maître-autel et des autels latéraux, croulant sous les dorures, les angelots et les fleurs. Dans la nef, la chaire en bois sculpté doré fait écho aux piédestaux des saints, du même acabit. Le mysticisme du lieu est palpable.

La place est animée à toute heure. Tout au long de la journée et jusque tard, la foule s’y presse. En période électorale, les meetings rivalisent à coups de décibels. C’est là, aussi, que convergent toutes les manifestations, qu’éclatent les échauffourées ou que les grévistes de la faim plantent leur maigre campement. Plein de gamins aussi, de cholitas qui attendent on ne sait trop quoi, et une kyrielle de charlatans qui animent en permanence le cœur de la ville.






A La Paz, nous avons croisé de drôles de zèbres dans la rue... Qui se cache sous ces costumes rigolos ? Le plus souvent de jeunes étudiants, engagés volontaires pour éduquer les automobilistes à plus de civisme. Au fil du temps, leur rôle s’est élargi : ils font traverser les enfants aux passages piétons, participent aux campagnes pour la propreté, l’entretien des espaces verts ou contre la violence, etc…


La Plaza Murillo est une grande place envahie par les pigeons. Elle concentre un certain nombre de pouvoirs puisque on y trouve le palacio de Gobierno (palais présidentiel, ocre rose), le palacio legislativo (Congrès, ocre jaune) et la cathédrale. La Banque centrale est juste derrière. La cathédrale, de style néo-classique, présente peu d’intérêt, à part la belle chaire en marbre sculpté de 1608 et le petit musée d’Art sacré. Dans l’une des ailes, on peut voir le tombeau du maréchal Santa Cruz, veillé par des gardes en uniforme rouge. Juste en face, une plaque, fidèle aux traditions politiques sud-américaines, indique le lampadaire (classé Monument national !) auquel fut pendu, en 1946, le président Villarroel. Au milieu de la place, la proclamation d’indépendance de Murillo est reproduite en grand pour que les enfants des écoles puissent venir patriotiquement la recopier. Jusqu’en 1825, les Indiens n’avaient pas le droit d’aller dans ce quartier et, jusqu’à l’élection d’Evo Morales en 2005, ils n’osaient, parait-il, toujours pas traverser la place...





Depuis juillet 2014, la grosse horloge du Parlement bolivien, sur la plaza Murillo, tourne dans l’autre sens. Cet acte symbolique a pour but de « renier les pratiques imposées par le Nord aux États du Sud ». Il est vrai que dans l’hémisphère sud, les cadrans solaires tournent en sens inverse… Pour le président Evo Morales, il s’agissait de redonner son identité au peuple bolivien !

Il est pour le moins surprenant qu’à l’un des angles de cette place, la plus prestigieuse de la ville, se dresse un ancien palais dans un état de délabrement avancé…


Un peu plus loin il ne reste pas grand chose du quartier colonial. Certes, la calle Jaén (où se trouvent 5 petits musées) a été superbement restaurée. Mais cette ruelle pavée de galets, bordée de maisons basses aux façades colorées, est à peu près la seule, avec une paire de rues voisines, à conserver encore une architecture homogène. Partout ailleurs, nombre de maisons coloniales éparses menacent de s’effondrer ; d’autres ont déjà cédé la place à des édifices sans charme.






Nous avons visité deux petits musées. Le Museo Costumbrista installé dans une demeure coloniale, se consacre à l’histoire bolivienne. Photos, maquettes, meubles, costumes et dioramas évoquent des scènes historiques déterminantes comme la grande bataille d’Ingavi (1841) ou la guerre du Chaco, mais aussi les modes de transport, la vie quotidienne... S’ajoutent quelques masques et une salle consacrée à la chola paceña (la femme indigène de La Paz) et à sa tenue caractéristique (chapeau melon notamment).

La Paz en 1859 (quelques rues autour de la place centrale…)

Les hauteurs de El Alto sont encore vierges de toute construction



Au Museo del Litoral boliviano, on se rend compte à quel point, pour les Boliviens, la perte d’un accès à la mer (suite à la défaite de la guerre du Pacifique contre les Chiliens, en 1879-1883) demeure une plaie béante. Vieilles cartes, costumes, drapeaux, armes, photos, documents divers retracent cette page sombre de l’histoire du pays. D’une certaine façon, pourtant, cet enclavement a détourné la Bolivie de l’immigration européenne à la fin du XIXe s, préservant son caractère andin – fait relativement unique sur le continent. Reste qu’aujourd’hui encore les Boliviens, leur chef d’État en tête, espèrent toujours que leur voisin leur rétrocédera un accès à la mer. En attendant, tous les 23 mars, le pays célèbre le día del Mar (« Journée de la mer »). Dans une salle, une vidéo projette sur un écran des images de vagues en continu…

Nous avons repris des forces au Café del Mundo où j’ai somnolé dans un confortable fauteuil, avant de rentrer à l’hôtel pour une petite séance d’oxygène, dans l’espoir de nous requinquer un petit peu, dans la perspective des jours prochains qui vont encore nous faire gagner de l’altitude… 


Nous avons rejoint les bureaux de Todo Tourismo, la compagnie de bus qui va nous permettre de rejoindre de nuit Uyuni à 540 km vers le sud. Parti à 21h30 nous sommes arrivés à destination juste après 7h00 après une nuit partiellement réparatrice dans un bus au final plutôt luxueux (sièges dignes de la classe affaires de beaucoup de compagnies aériennes, service de repas…).

3 commentaires:

  1. Quel courage et persévérance ! Et en plus vous trouvez la force de sélectionner, publier les photos et rédiger votre commentaire toujours si pertinent et instructif ! Chapeau bas , respect.
    Bises Annouk

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  2. Voilà une idée pour booster le SNU : un déguisement de zèbre 🦓 !
    J'espère que les prochains jours prévoient un peu de repos dont vous avez grandement besoin.
    Bises

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  3. C est toujours passionnant de vous lire et poursuivre le voyage avec vous deux...mais prenez soin de vous!!!bisous bisous .Elisabeth

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