notre voyage à la découverte du Pérou, de la Bolivie, du Chili et de l'Argentine...

Santiago du Chili (lundi 24 octobre)

Sergio nous a déposés Plaza de la Constitución vers 10h30. Notre premier centre d’intérêt a été bien évidemment le Palacio La Moneda, dont la façade principale donne sur cette place et la façade opposée sur la Plaza Ciudadania. Le palais destiné initialement à abriter la frappe de la monnaie, a été construit entre 1784 et 1799 par l’architecte italien Toesca. Ce palais de pur style néoclassique sert de résidence aux présidents de la République depuis Manuel Bulnes en 1846. Il est aujourd’hui un haut-lieu de la mémoire du coup d’état du 11 septembre 1973. Les putschistes n’ont pas hésité à le faire mitraillé et bombardé par l’aviation chilienne, montrant bien qu’à leurs yeux le sort du président Salvador Allende était scellé dès le début. Celui-ci tenta alors de se défendre mais finit par se suicider. Ce drame a laissé des images pathétiques encore présentes dans toutes les mémoires. On se souvient d’un avion de chasse tournoyant dans le ciel, du palais en flammes et des fonctionnaires de la présidence sortant un par un du bâtiment par une porte latérale en signe de reddition, être contraints de s’allonger sur le trottoir avant d’être transférés dans un stade, torturés et exécutés sans autre forme de procès. Tant Olivier que moi avons regardé longuement ce palais dont nous avons gardé en mémoire les images de l’incendie. Reconstruit, il abrite toujours aujourd’hui le bureau du président et ceux de ses collaborateurs. Une statue du Président Allende a été érigée à un angle de la place et reprend sa dernière déclaration d’une des fenêtres de La Moneda : « J’ai foi dans le Chili et dans son destin ».


La tristement célèbre porte annexe par laquelle les collaborateurs d’Allende sont sortis les mains levés avant d’être forcés à se coucher par terre. Ils seront tous exécutés dans les heures qui suivront.

Nous avons ensuite exploré le quartier en empruntant l’avenida Libertador General Bernardo O’Higgins (1778-1842). Nous avons visité l’Iglesia San Francisco. Détruite par un tremblement de terre en 1583, elle a été reconstruite en 1618 avec des murs en pierre et un plan d'étage en croix latine, ce qui en fait le plus ancien bâtiment de la capitale et du pays. Elle connut par la suite bien des vicissitudes lors de nouveaux tremblements de terre. Son architecture extérieure compose avec une tour en bois et des tuiles en terre cuite. De style mudéjar, le plafond à caissons qui orne la nef centrale est l'un des éléments les plus remarquables de l'église.




Non loin de là, se dresse la Biblioteca Nacional. Son silence contraste avec les bruits du quartier. Nous y avons vu une exposition temporaire avec d’intéressantes cartes géographiques anciennes et des salles de lecture pleines d’un charme suranné. Après être passé devant le Teatro Municipal, nous avons jeté un coup d’œil sur la Basilica La Merced, qui date du XVIIIe siècle. Arrivés Plaza de Armas, nous avons visité la cathédrale de l’Assomption de la Très Sainte Vierge, construite entre 1748 et 1800. La cathédrale est divisée en trois vaisseaux par une série de grandes arcades en plein cintre, portées par de massifs piliers cruciformes ornés de plaques de marbre rose. La nef est dotée de voûtes finement ouvragées, couvertes de stucs et peintes de scènes religieuses, œuvre de Ignacio Cremonesi en 1906. Elle est éclairée par une série d'ouvertures en hémicycle qui distillent une lumière presque tamisée, mais constante, propice au recueillement des fidèles.







Une pause regénérante…

Nous avons terminé nos investigations au Mercado central inauguré en 1872, qui compte nombre d’estaminets où il est possible de déjeuner pour une somme raisonnable. Excellent ceviche !

Après le repas, nous avons fait l’expérience du métro en prenant la ligne numéro 2 vers Vespucio Norte et en descendant à la station Cementerios. Le Cementerio general Recoleta, au bout de l’avenida La Paz, est un immense cimetière créé en 1821. Nous avons passé plus de deux heures à arpenter ses allées et parcouru près de 3 kilomètres à pied. Cette visite a revêtu une dimension historique et une dimension culturelle.

Côté historique, nous avons commencé par nous rendre devant le columbarium des ejecutavos politicos, puis au pied du Mur qui regroupe les milliers de noms de toutes les victimes de la dictature. Olivier y a déposé la première des trois roses rouges achetées à l’entrée du cimetière. Un autre columbarium est réservé aux detenidos desaparecidos. Un peu plus loin, le sinistre patio 29 était la parcelle où les militaires inhumaient leurs victimes de façon anonyme. 





Le premier chiffre est l’âge des victimes au moment de leur mort…


La parcelle où les militaires enterraient leurs victimes sous une croix NN (« inconnu »)


« Où sont-ils ? »

Nous avons passé ensuite un bon moment devant la tombe de Victor Jara à discuter avec des proches qui en assuraient l’entretien, avant d’y déposer une seconde rose rouge. Celui qui fut, avec le président Salvador Allende, la victime la plus célèbre du putsch militaire, mérite quelques lignes d’hommage dans ce blog. Arrêté le jour même du coup d’Etat, alors qu’il donnait un cours de théâtre à l’université technique de Santiago, le chanteur guitariste Victor Jara (40 ans) est enfermé au stade Chile et supplicié plusieurs jours de suite. Les militaires lui broient les mains à coups de crosses pour lui faire passer l’envie de jouer de la guitare. Il est finalement abattu de 43 balles le 16 septembre 1973 devant les autres prionniers du stade et son corps abandonné dans un terrain vague, en compagnie de celui du directeur des prisons d’Allende, Littré Quiroga. Sa femme Joan Turner Jara, une Anglaise installée au Chili pour étudier les danses folkloriques, fini par récupèrer le corps et l’enterre. Dans les meetings de solidarité, on reprend sa chanson « Te recuerdo Amanda » (« Je me souviens de toi, Amanda »), histoire d'amour sur fond d'usine en grève. En 2009, le corps est exhumé et enfin autopsié. Il a gardé les traces de 44 balles, dont le coup de grâce. Son enterrement officiel peut enfin avoir lieu. Il aura fallu attendre 45 ans pour que neuf militaires soient condamnés en 2018 à des peines allant de 5 à 18 ans de prison. Leur chef, le sinistre lieutenant Pedro Barrientos, celui qui a tiré le coup de grâce dans la nuque de Jara, a fui aux États-Unis en 1989, a pris la nationalité américaine et vit toujours libre à Deltona où il est concessionnaire automobile. Il a été condamné à une lourde amende par un tribunal de Floride, qui ne pouvait le condamner à une peine de prison, mais il n’est pas extradé faute d’accord entre les deux pays.


Nous avons bien sûr terminé ce pèlerinage par le monument funéraire de Salvador Allende et de son épouse, Hortensia Bussi (1914-2009), où j’ai déposé notre troisième rose rouge.



Côté culturel, le cimetière est en soi une curiosité surprenante à bien des égards. Près de deux millions de personnes y sont enterrées. Les contrastes qui existent entre les différentes sections du cimetière reflètent parfaitement les clivages de la société chilienne hier et aujourd’hui. On passe ainsi des véritables HLM décatis à des alignements de croix rouillées au milieu d’herbes folles avant de traverser des quartiers regroupant d’imposants monuments funéraires datant de l’âge d’or des fortunes faciles. Nombre de tombes sont taguées et les anciens présidents n’échappent pas au phénomène, notamment Pedro Montt (1849-1910). La plupart des anciens chefs d’Etat y sont enterrés. Nous avons eu aussi la surprise de découvrir que certaines familles préparaient Halloween en décorant les tombes de leurs proches de fausses toiles d’araignée orange ! D’autres font salon sous un parasol autour d’une tombe.



Préparation des tombes pour Halloween…




Tombe présidentielle vandalisée


La crois couchée est caractéristique des cimetières chiliens

De retour à l’appartement vers 17h00, nous avons passé la soirée à bavarder tranquillement.

3 commentaires:

  1. N oublions jamais....le monde actuel pourra t il ne pas revivre de telles tragédies???.
    Bisous bisous .Elisabeth

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  2. Journée de souvenirs et d’émotion…. Bises Annouk

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  3. Journée de pèlerinage avec une certaine émotion palpable en lisant le récit.
    Bises

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